Les Chroniques d’une Japonaise francophone sur Tokyo

La discrimination sexuelle dans les examens d’entrée au lycée?

Le système d’examen d’entrée dans les lycées métropolitains

“Mesdames et messieurs, il faut souligner que les critères d’admission dans les écoles secondaires métropolitaines sont différents pour les garçons et les filles. Les filles doivent travailler plus dur et avoir de meilleures notes pour entrer dans la même école”. Mars 2021 à Tokyo, cette parole a choqué de nombreux parents à l’occasion d’une conférence sur le fonctionnement de l’examen d’entrée dans les lycées métropolitains. « Dans nos examens d’entrée, les notes de passage des filles et des garçons sont différentes car elles ont tendance d’obtenir des notes plus élevées que celles des garçons”. Au Japon, ce système est exclusivement utilisé à Tokyo.

 


 

« Je veux être évaluée sur mes capacités académiques, pas par le sexe… », a-t-elle soupiré, une étudiante présente dans la conférence.

 

85 des 104 lycées de la métropole exigent des notes plus élevées pour les filles que celles des garçons. Cela signifie que les filles devront obtenir des notes plus élevées que les garçons pour réussir, générant un écart qui pourrait s’établir jusqu’à plus de 40 points! Voici les notes de passage estimées à partir d’un examen blanc:

 

Garçons Filles L’écart
Lycée Suginami 625 665 40
Lycée Komaba 830 865 35
Lycée Adachi Shinden 465 500 35
Lycée Honjô 595 630 35
Lycée Minami Katsushika 415 450 35
Lycée Kasai Minami 400 435 35

 

Bien qu’il existe certains lycées métropolitains qui utilisent les mêmes notes de passage pour les filles et les garçons, aucune école n’exige que les garçons obtiennent des notes plus élevées que les filles.

 

Une enquête menée auprès des chefs de toutes les écoles métropolitaines a révélé que 87.2% des répondants sont favorables au maintien de ce système qui s’avère pourtant inégalitaire pour les filles ! “La perte de l’équilibre entre les garçons et les filles peut affecter les événements scolaires. Elle peut ainsi affecter ceux qui visent à candidater pour une école spécifique qui possède un club de sport très performant et donc qui souhaite y faire partie”, témoigne un des répondants, tandis que d’autres clament le besoin de revoir ce système obsolète et inégalitaire. “Comme la limite d’accueil de chaque Lycée métropolitain est indiquée à l’avance au grand public, nous ne voyons pas d’inconvénients à ce que les élèves passent l’examen conformément aux règles », s’est-il exprimé sur ce sujet un personnel du Conseil métropolitain de l’Éducation de Tokyo dans un entretien de NHK.

Les inégalités incontestables

 

 

Pourquoi les filles ont-elles tendance à obtenir de meilleurs scores que ceux des garçons ? «Une des raisons pour lesquelles les Lycées métropolitains applique toujours ce système serait en lien avec leurs critères de l’admission. En plus des notes d’examen, le premier critère, les bulletins scolaires dans les collèges sont également inclus dans les notes globales », analyse Suzuki Masayuki, gérant d’une école privée du soir à Tokyo depuis plusieurs années. « Il est dit que les filles ont tendance à obtenir de meilleures notes que les garçons en termes de ce deuxième critère qui évalue le comportement en classe et de la remise des devoirs. On s’attend donc à ce que les normes pour les filles soient plus élevées ».

 

“En plus du côté inégalitaire vis-à-vis des femmes, un autre problème se trouve au fait que cela puisse également engendrer une perception biaisée des sexes chez les élèves. On ne parle que des garçons et des filles, démontrant un manque de considération pour les élèves LGBTQ+…” témoigne Yasuko Muramatsu, professeur émérite à l’université Gakugei de Tokyo, spécialiste des questions de genre dans l’éducation. « Ce c’est pas parce que les notes d’admission sont disponibles au grand public à l’avance que cette mesure doive être acceptée».

 

L’origine du système d’admission

 

Cette mesure a vu le jour en 1950, soit après la deuxième guerre mondiale, avec l’instauration des écoles mixtes. Pour comprendre pourquoi perdure toujours cette pratique traditionnelle au capital moderne du pays nippon, on peut prendre en compte des contextes historiques dans lesquels le Japon se trouvait à l’époque. 

 

Dans le monde avant-guerre, nombre de garçons et de filles reçoivent une éducation différente dans les différents lycées. Dispensé de l’apprentissage de certaines matières telles que la science, la mathématique et la langue étrangère, les écoles pour les filles possèdent un programme d’études moins systématique que celles pour les garçons.

 

Cela donne lieu à l’écart considérable des capacités académiques entre garçons et filles, rendant plus difficile pour ces dernières d’entrer dans une même école que les garçons. 

 

C’est pour remédier à ce problème que le ministère de l’éducation à l’époque a décidé d’encadrer différemment leur admission. Ironie de l’histoire: le système qui s’est initialement appliqué pour faciliter l’admission pour elles, devient aujourd’hui un grand frein inégalitaire pour certaines d’entre elles. Ce n’est pas étonnant que certains spécialistes dans les questions liées à légalité hommee-femme appelent au ministère la mise à jour de ce système qui semble un peu trop obsolète…

 

Est-il difficile pour les garçons d’aller dans des écoles privées ?

 

Il existe tout de même beaucoup de partisans de cette pratique comme on a pu le voir dans l’introduction. Ils mettent notamment l’accent sur des risques que pourrait avoir les garçons si le système est abrogé. Selon eux, « Le nombre d’étudiantes qui réussissent tend à augmenter, alors il vaut mieux laisser de la place pour que les garçons puissent entrer dans les écoles basées sur ce système ».

 

Comme on compte plus d’écoles de filles à Tokyo que d’écoles de garçons, il est possible que le nombre d’écoles pour eux puisse se réduire, en l’occurrence… Selon les partisans du système éducatif actuel, cela pourrait avoir pour conséquence que « les garçons n’aient nulle part où aller » ! L’argument favorisant étrangement les intérêts des garçons alors que ce n’est pas actuellement le cas pour les filles…

 

Certains sont favorables au maintien du système actuel, mais un système aussi inégalitaire, où les femmes ne sont pas placées sur la même ligne de départ que les hommes, rend difficile pour les individus de changer leur perception de l’égalité des sexes.

Qu’en pensez-vous ? Mettez en commentaire ce que vous pensez 😉

 

 

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Anonymous Geisha

Blogeurse Japonaise

Ayant vécu mon enfance en France, en Slovaquie, aux Etat-Unis et au Japon, je me sens toujours « hybride » en quelque sorte…! Actuellement chargée des RH et de la communication digitale pour une entreprise sur Tokyo.

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