Les Chroniques d’une Japonaise francophone sur Tokyo

TOUT sur la Pilule de Contraception au Japon (1)

La pilule est peu répandue au pays du soleil levant : selon l’enquête « Contraceptive Use by Method 2019 » menée par les Nations Unies, seulement 2,9 % des Japonaises prennent la pilule, contrairement à 33,1% en France*!! (*1 ) Le corps médical, voire même le gouvernement, semblent hésitants à généraliser la pilule auprès des femmes Japonaises – contrairement au  préservatif dont, selon l’enquête orchestrée par la Japanese association of Sexual Health en 2016, le port est « pratiqué par 97% des couples japonais âgés de 16 à 22 ans (*2) ». Pourquoi un tel retard sur la prescription du médicament ? Au Japon, sans compter ses frais trop coûteux, de nombreuses raisons ont freiné l’introduction de la pilule à grande échelle. Les femmes non-Japonaises sont également concernées

Le sujet de la pilule reste toujours un  tabou  dans la péninsule:  Au travers du système scolaire japonais, j’ai reçu une éducation sexuelle qui, disons-le, fut évasive. En 9 ans, je n’ai JAMAIS entendu parler de la pilule en tant que moyen de contraception ! Même chose avec les discussions entre amis, je n’en ai jamais tenu une portant sur ce sujet avec des Japonais. Parler ouvertement de ce sujet est considéré comme très gênant voire « déplacé »: même les couples mariés n’en parlent que très rarement au Japon!

Dans cet article, je vais aborder les facteurs derrière le tabou autour de la pilule au Japon. Pour cela, je me baserais sur des travaux académiques japonais, que j’appuierais par des exemples personnels. Je donnerai ainsi quelques conseils pratiques tels que comment l’acheter, les frais, etc… pour celles qui vivent au Japon et qui en envisagent l’achat, mais qui ne disposent pas forcément de moyen de le faire à cause du manque d’informations multilingues sur ce sujet 😉

*Je distinguerais la pilule contraceptive orale(pilule) de la pilule contraceptive d’urgence  (la « pilule du lendemain ») que j’aborderai également en détail dans un autre article. Pour le vocabulaire courant en lien avec ces deux pilules, je vous invite à vous rendre sur ce blog qui les résume très bien.

La Contraception Orale

La généralisation la plus lente de l’ONU

Si le débat autour de l’introduction de la pilule au Japon a commencé en 1955, la légalisation de la pilule n’est devenue réalité qu’en 1999… Soit 44 ans après le début des discussions et  39 ans plus tard que les États-Unis ! Le Japon est le seul pays membre des Nations unies où les contraceptifs oraux sont interdits, ce qui le place sous la surveillance internationale de groupes de femmes. (*3) » , témoigne Los Angeles Times en 1999. Quant à la pilule du lendemain, son introduction au Japon a été encore plus tardive, et a finalement été approuvée le 23 février 2011.

Années 1950 : L’avortement et la pilule

Peu de personnes savent que le Japon a été le premier pays dans le monde à légaliser l’avortement : en 1948, face à la forte croissance démographique, le Parti socialiste proposa la Loi de Protection Eugénique (appelé hyuseihogohou en japonais), dans le but de légaliser la stérilisation chirurgicale des femmes. La loi autorisa également l’avortement en cas de grossesse accidentelle.

Il semble important de souligner que cette légalisation au Japon ne fut pas le fruit de mouvements sociaux menés par les femmes, contrairement à celle dans les pays occidentaux, comme le souligne Tiana Norgren, titulaire d’un doctorat en sciences politiques de l’université de Columbia, dans son livre paru en 2001 (*4). Selon elle, la légalisation de la pilule au Japon est liée à la présence de lobbies extrêmement influents du corps médical favorable à l’avortement. Pour Norgren, cette mobilisation n’était pas motivée par un idéal progressiste, mais par un appât du gain. En légalisant l’avortement, les entreprises pharmaceutiques pouvaient débloquer une nouvelle source de revenus très importante.

De plus, étant donné que la loi a permis également à nombre d’entreprises fabriquant des préservatifs de s’étendre davantage sur le marché japonais, elles prirent position principale de contester la légalisation de la pilule.

Années 1970 : le Japon et le courant féministe international

Dans les années 1970, alors que le féminisme de la deuxième vague est florissant et que des discussions sur la légalisation de la pilule sont en cours dans le monde occidental, son progrès est ralenti au Japon. Suivant la tendance internationale, la Controverse sur la Pilule, appelée Piru Ronsou,  eut lieu au Japon dans les médias lors de manifestations féministes et à la Diète, mais s’essoufla rapidement. 

Sans mentionner l’opposition venant du corps médical, Norgren constate que plusieurs raisons expliquent ce phénomène, notamment avec la crainte d’une « une sexualité débridée chez les jeunes femmes » et de la propagation du VIH, mise en avant à partir des années 1980. Cependant, il est à noter que les femmes, pourtant directement concernées par la question de la contraception, furent absentes du débat politique.

Viagra : Approbation rapide en six mois, malgré les rapports de décès dans le monde entier

Le processus de légalisation de la pilule au Japon est souvent comparé à celui du Viagra, un médicament présumé efficace contre la dysfonction érectile, et dont Le New York Times de l’époque (*5) s’étonne du fait que le Viagra fut approuvé au Japon en environ six mois. Dans les années 1990, le Japon, où la pilule est toujours interdite  30 ans plus tard après son introduction, s’attira alors l’attention intriguée de l’Europe et des États-Unis, où la pilule était déjà largement utilisée..

Le Viagra débarqua sur le marché américain pour la première fois en mars 1998. Aux États-Unis, le médicament connaît une popularité explosive. Cependant, trois mois après son lancement, 46 décès furent signalés parmi les 3,6 millions de personnes auxquelles le médicament fut prescrit(*6) . De même, au Japon, un homme d’une soixantaine d’années ayant importé le médicament sur le net est retrouvé mort peu après en juillet 1998.

Témoignages contradictoires du Ministère de la Santé et des Affaires Sociales

Cependant, malgré ces circonstances, une demande d’approbation fut soumise au Japon le même mois où ce décès a été signalé, et en décembre, le comité des Affaires Pharmaceutiques approuva le médicament et décida de le lancer. À ce sujet, le Ministère de la Santé et des Affaires Sociales déclara : « Le Viagra est un traitement très important et unique pour les patients souffrant de dysfonctionnement érectile. D’autre part, la pilule à faible dose suscite des inquiétudes quant aux effets secondaires et à la possibilité de propager des maladies sexuellement transmissibles »

Si le Viagra était réellement reconnu en tant que « médicament thérapeutique », il aurait dû en principe être couvert par les assurances. Toutefois, immédiatement après que l’approbation a été décidée, le Ministère annonca qu’il ne serait pas couvert.

L’article du New York Times de 1998 relève aussi que, seule la pilule à forte dose, dite « dangereuse » et dont la vente fut interdite aux États-Unis depuis 1988 en raison de ses effets secondaires, était pourtant approuvée et vendue au Japon. Une contradiction totale avec le discours du Ministère!

Assemblée générale de l’ONU en juin 1999 : Chemin vers la légalisation

Pourquoi au Japon un mari devrait-il avoir le droit d’utiliser du Viagra sur une femme qui ne peut pas utiliser de contraception ?

Cette situation fut largement critiquée par les médias dans les années 1990, tant sur le territoire japonais qu’à l’étranger. Depuis que le Viagra fut approuvé rapidement au Japon, les femmes politiques et les commentateurs ne cessent d’accuser le ministère de la santé de faire double. « L’approbation rapide du Viagra démontre que les hommes prennent la priorité sur les femmes et tentent de contrôler leur vie », déclara une parlementaire, Akiko Domoto (*7).

Le gouvernement fut également gêné par les critiques internationales concernant sa position sur la contraception. Lors du forum de La Haye sur la population et le développement qui s’est tenu en février 1999, les responsables japonais ont également été la cible de vives critiques. 

Compte tenu de cette dynamique, il sera difficile pour le gouvernement japonais de faire l’autruche plus longtemps au sujet de la pilule contraceptive. Il était hors de question pour le Japon que la situation se reproduise à l’Assemblée générale des Nations Unies quatre mois plus tard. Dès juin 1999, la pilule à faible dose fut finalement approuvée en tant que contraceptif oral.

Maintenant que nous connaissons un petit peu plus sur l’histoire de la pilule au Japon, allons aborder, en deuxième partie, quelques informations utiles pour certaines entre vous tels que le budget, le lieu et les modalités d’achat de la pilule 😉

La pilule coûte environ 20-28 euros par mois au Japon, même avec une couverture d’assurance

Et oui, je ne rigole absolument pas ! Si la légalisation de la pilule s’est enfin faite en 1999, dans les faits réels, elle n’est disponible qu’avec une ordonnance médicale délivrées par les San fujin ka, littéralement « les hôpitaux dédiés aux femmes enceintes », avec les frais à peu près 12 fois plus élevés que ceux en France De quoi dissuader les Japonaises de faire appel à ce moyen de contraception.

On peut voir ici que la dénomination de ces hôpitaux n’a pas aidé non plus pour que les femmes puissent s’y rendre l’esprit tranquille. Durant ces dernières années, il semblerait que certains hôpitaux ont fait des efforts afin de permettre d’atténuer ce blocage psychologique : aujourd’hui, vous avez l’accès à plusieurs hôpitaux avec des nom beaucoup moins « intimidant » tel que « Ladies Clinic ».

Revenons à nos moutons… Comment se fait-il que, vingt ans après la légalisation de la pilule en 1999, son prix soit toujours aussi exubérant et que son utilisation ne s’élève qu’à environ 4% des femmes japonaises à ce jour ??!? La raison pour laquelle la pilule est si chère peut se décrypter en trois points:

Tout d’abord, comme nous l’avons vu dans plus haut, on a trop insisté sur l’inquiétude sur des effets secondaires quand à la prise de la pilule. D’ailleurs, ce sont toujours les hommes politiques qui se sont « inquiétés », et non les femmes qui gèrent leur contraception. Cette préoccupation des politiques sur le corps des femmes n’est pour moi pas très rationnelle…

La seconde est une méfiance à l’égard des femmes prenant la pilule. Selon Mihyong Song, une obstétricienne et gynécologue fondatrice d’une clinique dédiée aux femmes dans le district de Marunouchi à Tokyo en 2017, ce manque de confiance envers les femmes a conduit au prix de la pilule relativement élevé au Japon, même avec une couverture d’assurance (*8).

À l’époque où la pilule était encore hors assurance, elle se prescrivait via divers établissements médicaux à environ 3 000 yens par plaquette. Une fois qu’elle a été garantie par l’assurance, les patients ne paient que 30 % de ce prix, ce qui permet  de se la procurer pour environ 900 yens par plaquette, n’est-ce pas?  – Eh bien non. Lorsque la pilule fut couverte par l’assurance, le prix de la pilule a été augmenté afin que le coût du médicament soit exactement  le même qu’auparavant. Selon l ‘obstétricienne-gynécologue, « il y a une crainte au Japon que si la pilule est couverte par l’assurance et le prix plus abordable, plus de femmes chercheront à obtenir des ordonnances de manière irréfléchie »…

Enfin, la troisième raison est que les cliniques ne tirent finalement que très peu de profit de la médication de la pilule. Malheureusement, elle est également perçue par ces cliniques comme un médicament peu rentable par rapport au temps qu’il faut pour le prescrire.

En réalité, la pilule a un rapport de coût très élevé, et il n’y a guère de marge entre le prix de vente et le prix d’achat pour le patient, les frais de consultation ne concernant que la première visite). En outre, on voit qu’il nécessite aussi beaucoup de communication pour expliquer aux patients la modalité de l’utilisation de la pilule, car elle est encore trop peu répandue au Japon. Cela nécessite encore plus de temps afin de les convaincre à l’essayer réellement.

Où l’acheter? Comment se passe la première consultation?

A partir de maintenant, je vous donnerai des informations utiles et relativement peu disponibles en français : où peut-on acheter la pilule au Japon, et comment se déroule la consultation ? (J’ai moi-même passé des examens médicaux en France et au Japon, je vais donc essayer de faire quelques comparaisons 😉

Comme vous venez de le voir, le prix de la pilule est terriblement élevé au Japon. A mon avis, il est donc largement préférable de demander à un(e) ami(e) ou à un membre de votre famille en France de l’acheter en France à votre place pour qu’il puisse vous l’envoyer au Japon. Lorsque je me suis rendu dans une clinique à Paris en janvier 2020, un an d’approvisionnement en pilule ne coûtait que 25 euros, alors qu’au Japon, un MOIS d’approvisionnement coûte environ 20 euros au prix le plus bas!!

Toutefois, si personne ne peut vous envoyer la pilule depuis la France et que vous n’avez d’autres choix que de l’acheter au Japon, je vous recommandons de le faire l’une entre les deux cliniques suivantes: Soit une clinique appelée クリニックフォア/Clinic For offrant des services entièrement en japonais, soit ケイ レディースクリニック新宿/K Ladies Clinic Shinjuku dont le service se propose en anglais (ce ne sont pas mes partenaires commerciaux mais seulement des recommandations non intéressées;).

Au Japon, la pilule ne peut être obtenue que sur ordonnance dans un établissement médical. Cela dit, si vous voulez acheter la pilule au Japon, celles-ci pourraient être les meilleures options pour vous ! Je les ai choisi sur la base des critères suivants : (1) Consultation médicale en ligne sans souci et sans temps d’attente, avec le soucis lié à l’épidémie de coronavirus (si vous vous rendez directement à la clinique, vous devrez attendre normalement environ 40 minutes pour être examiné………….) (2) Pilules officiellement approuvées par le gouvernement et absolument efficaces.

Clinic For: Ideale pour celles capables de communiquer en japonais sans aucun difficulté

Personnellement, je recommanderais cette clinique comme étant la moins chère 🙂

Le meilleur atout de Clinic For consiste en ce que vous pouvez toujours avoir votre première consultation en ligne au moment de votre choix. Vous pouvez faire livrer vos pilules à votre domicile le lendemain de votre première consultation, ou vous pouvez opter pour une livraison mensuelle récurrente (vous bénéficiez d’une réduction de 15 % pour cette livraison récurrente).

Le prix est également l’un des plus bas au Japon que j’ai trouvés pour acheter la pilule. Voici un budget pour votre première visite:

  • 1 500 JPY (frais de consultation initiale) + 500 JPY (frais d’expédition) + 2105 JPY~ (un mois d’approvisionnement en pilules de fabrication étrangère) / 2530 JPY~ (un mois d’approvisionnement en pilules de fabrication nationale) = 4105~ JPY (+ 15% de réduction pour la livraison récurrente)
  • Au-delà de la deuxième fois, il n’y a pas de frais de consultation, il vous suffit donc de payer uniquement la pilule et 500 yens pour le transport.

K Ledies Clinic Shinjuku

Je recommande également la K Ladies Clinic Shinjuku, dont la quasi intégralité des services est disponible en anglais, bien qu’elle propose des tarifs un peu plus élevés que la clinique ci-dessus.

Si vous avez déjà pris la pilule auparavant (en Frnace ou au Japon) et que vous savez déjà comment ça fonctionne, vous n’avez pas besoin de passer une consultation avec un médecin. Il vous suffit d’écrire un courriel en anglais au sujet de la demande de pilules pour qu’elles vous soient livrées à votre domicile. Dans ce cas, le prix sera le suivant.

  • 660 JPY (frais d’expédition) + 3300 JPY (un mois d’approvisionnement en pilules) = 3900 JPY (pas de réduction ni code de promo disponible)

Si c’est la première fois que vous prenez la pilule et que vous souhaitez avoir une première consultation avec des explications à propos de la pilule, les prix deviennent un peu plus élevés. Dans ce cas, la consultation initiale peut se faire en personne à la clinique ou en ligne. En dehors du mardi ou du mercredi, vous pouvez bénéficier de la consultation entièrement en anglais.

  • 3300 JPY(frais de consultation initiale) + 550 JPY (frais de réservation) + 3300 JPY (un mois d’approvisionnement en pilules) = 7150 JPY (pas de réduction ni code de promo disponible)

La consultation initiale peut se faire soit en ligne en téléchargeant l’application (en japonais) sur le site web (le plus recommandé) soit en personne à la clinique de Shinjuku.

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Anonymous Geisha

Blogeurse Japonaise

Ayant vécu mon enfance en France, en Slovaquie, aux Etat-Unis et au Japon, je me sens toujours « hybride » en quelque sorte…! Actuellement chargée des RH et de la communication digitale pour une entreprise sur Tokyo.

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